1. LTC
  2. Tradital
  3. FR
  4. programme
  5. Actualités Tradital

In memoriam : André Clas (1933-2022)

Publié le 3 juin 2022 Mis à jour le 3 juin 2022

Une certaine idée de la terminologie et de la traduction

Professeur émérite de l’Université de Montréal, auteur de très nombreuses publications, André Clas était aussi membre de la Société Royale du Canada, Docteur Honoris Causa de l’Université d’Alicante (Espagne), Médaille Joseph Zaarour de l’École de Traducteurs et Interprètes de Beyrouth (Université Saint-Joseph), directeur de Meta, co-fondateur du Réseau LTT et de TERMIUM, et la liste est loin d’être exhaustive.

André Clas était un visionnaire et un bâtisseur. Il restera à jamais associé à la revue Meta qu’il reprend de Jean-Paul Vinay en 1967 et qu’il dirigera jusqu’en 2007. Il développera le caractère universitaire de cette publication née en 1955 et qui s’appelait Journal des traducteurs. Il en fera la première revue de traduction au monde, en fédérant sous une même bannière les recherches menées à l’époque au Canada, en Allemagne (il était germaniste), en France et en Belgique. Une mondialisation de la traductologie avant l’heure, qui aidera incontestablement la discipline à acquérir une dimension et une reconnaissance universitaires.

Sa volonté inlassable de partager et de diffuser l’information lexicologique, terminologique et traductologique s’incarnera dans le réseau LTT qu’il coordonnera depuis sa création en 1988 jusqu’en 2000. Lui succéderont Philippe Thoiron, puis Marc Van Campenhoudt de 2007 à 2018. Attaché à la transmission universitaire, André Clas accordera une attention toute particulière aux jeunes chercheurs, notamment en Afrique du Nord, au Liban et en Afrique subsaharienne, en y organisant nombre de journées scientifiques et de formation.

Au-delà de sa brillante carrière, André était un homme extraordinaire. Derrière une apparence parfois rude, intimidante, un regard d’acier, se cachait une personnalité extrêmement attachante. André était profondément modeste, gentil, soucieux des autres. C’est que la rigueur le disputait chez lui à la bienveillance. Il était attaché à notre école. Il avait ainsi demandé à Daniel Blampain de diriger le numéro spécial de Meta sur la traduction dans la Belgique multilingue en 1994, et m’avait fait l’honneur de me confier le premier numéro du 50e anniversaire de la revue en 2005, consacré à l’enseignement de la traduction dans le monde.

Mais André était avant tout un ami. Je me rappellerai toujours nos dîners à La Méditerranée et chez Bofinger lors de nos rencontres parisiennes: un plaisir intellectuel et humain chaque fois renouvelé. Il m’écrivait régulièrement pour prendre des nouvelles, évoquer nos projets respectifs ; il est resté actif jusqu’au bout et souhaitait absolument terminer son Dictionnaire bilingue canadien. Son vœu sera exaucé. André laissera un vide énorme dans l’univers de la traductologie et de la terminologie. Mais son génie tutélaire nous accompagnera toujours.

Christian BALLIU